UN BRUIT SOURD PRÉCÈDE LE SILENCE / Sylvain Ciavaldini

du 14 février au 30 mars

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Dans la grande fosse des formes, gisent les ruines auxquelles on tient encore, en partie. Elles fournissent matière à l’abstraction. Un chantier d’inauthentiques éléments pour la formation d’impurs cristaux. Voilà où nous en sommes.Paul Klee, Journal [1915], Paris, Grasset, 2004 (1959), p. 329.Clair Jean Et Ceinture À En Veste Missguided Délavage Robe XZkiTOPu

Riche, l’image n’est pas immédiatement saisie par mon regard. Devant quoi suis-je donc campé ? Une photographie retouchée ? Un dessin ? À quoi renvoie-t-il...? Sans aucun doute à une architecture écroulée, aux vestiges d’une humanité blessée. Mais pour quelle raison ? La guerre ? Une catastrophe naturelle ? Ou simplement le temps et l’oubli ? Et quelles sont donc ces formes énigmatiques qui viennent structurer l’image, en découper la composition ? Prenons le temps.

Dans les années 1990, Sylvain Ciavaldini commence à s’intéresser au statut de l’artiste, questionnement qui le mène à interroger les origines de la création, la portée du geste, la genèse et le devenir de la forme. Fécondes, ses recherches se matérialisent en deux dimensions, par la peinture ou le dessin, pour parfois s’extraire de leur planéité jusqu’à s’incarner dans l’espace, en trois dimensions. Depuis plus de vingt ans donc, par le dessin ou la sculpture, par la peinture ou l’intervention sur des héliogravures,l’artiste questionne la forme. Structurée ou débordante, purifiée ou proliférante, elleest toujours centrale, nous interroge. (...)

Sylvain Ciavaldini rassemble des images d’architectures détruites principalement glanées sur internet, des lieux abandonnés, vidés de toute présence humaine. Via une technique de mise au carreau bien maîtrisée, l’artiste reproduit ces espaces sur le papier. C’est le temps du geste, un travail de la main qui se rapproche de l’écriture,une méditation sur la trace finalement, une incarnation de la mémoire. Réalisé au styloencreur noir, le dessin a aussi quelque chose de la gravure, et peu à peu se forme sur la surface blanche du papier, par hachures successives, l’image de ces architectures en déshérence. Alors, l’espace appelle la forme, et au cœur de ces lieux apparaît soudainement une structure colorée, un volume simple - mathématique - qui tranche avec la prolifération chaotique des éléments de l’environnement. Au-delà de la rupture formelle provoquée par cette irruption, le volume géométrique apporte à l’image créée un troisième niveau de perception de la forme : de la forme construite - architecturale - à la forme détruite, nous parvenons à la forme projetée, représentation mentale.

Plus récemment, Sylvain Ciavaldini a décidé de retirer à ces volumes projetés leurs couleurs vives. Sur le dessin se détachent alors des zones laissées en réserve,immaculées. Les formes géométriques se faufilent ainsi dans le paysage de ruines, le segmentent parfois, toujours en modifient la perception.

La pureté de ces formes simples contraste avec l’amoncellement tourmenté de l’architecture qu’ils traversent. L’esthétique de la ruine ici présente ne renvoie pas à une vision romantique ou mélancolique, mais plutôt à une fascination pour la précarité architecturale et la prolifération des éléments. Cette abondance formelle presque anarchique, l’artiste la trouve en premier lieu dans l’étude des favelas. Les couleurs et les volumes s’y agglutinent sans logique apparente, constituent une sorte de patchwork instable, au bord de la rupture. Finalement c’est une architecture vivante, furieuse même, qui s’étale dans l’espace, envahit l’horizon, s’entasse et se superpose dans un mouvement incontrôlé et incontrôlable.

Cette dynamique qui d’une certaine manière transforme la forme en informe, ou plutôt débride la forme pour révéler l’informe, se retrouve dans la ruine. Rendu à sa vie propre et livré à la nature, le bâtiment abandonné entame une période de déconstruction. Par là, il empiète sur son environnement, s’étend à mesure que s’amoncellent ses différentes fractions désagrégées, comme une lente vague de matériaux divers. Ici, la forme est en constante évolution, sans cesse poussée par un moteur interne - propre - et accompagnée par des impulsions venues de l’extérieur, pour nous offrir une subtile métaphore de la pratique artistique.

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Ces lieux transcrits par Sylvain Ciavaldini, quels sont-ils ? Une mémoire douloureuse réside dans leur architecture brisée, un sentiment de perdition. Bien sûr nous pensons aux catastrophes, humaines et naturelles, qui conditionnent notre imaginaire collectifs, en rythme avec l’actualité. Nous pensons prise de conscience et devoir de mémoire. Guerre et cataclysme. Ces considérations ne sont pourtant pas à l’origine du processus créatif de l’artiste, mais viennent évidemment orienter notre cheminement intérieur. La ruine se charge d’une dimension politique et sociale, elle entraîne l’œuvre avec elle.

Face au travail de Sylvain Ciavaldini, nous sommes invités à un voyage dans la forme. Pensée, perçue, projetée ou détournée. Par l’architecture brisée, elle regagne saliberté, nous révèle sa vitalité. La forme insignifiante, la signifiance de l’informe...

Grégoire Prangé

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